Minorités et cultures de résistance

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À propos de la recherche

Le projet de recherche Minorités et culture de résistance s’inscrit dans une préoccupation ancienne pour les sujets traitant des minorités linguistiques (Texto en castellano : Investigación). Une première contribution sur cette question remonte à un programme européen consacré au rôle du secteur audiovisuel dans la construction des identités culturelles en Galice, en Bretagne et au Pays de Galles [Guyot, Ledo et Michon, 2000].

Depuis, mes travaux se sont ouverts aux politiques d’aménagement linguistique autour de trois volets : les organisations internationales comme l’UNESCO ou l’Organisation Internationale du Travail (OIT) qui reflètent les revendications des minorités dans leurs directives et recommandations, les États et leur prise en compte de ces revendications dans les divers secteurs de l’espace public (Éducation, administration, médias, justice) et les initiatives déployées par les minorités pour défendre leurs droits, promouvoir leur langue et leur culture.

Ce repositionnement m’a naturellement conduit à étudier des terrains plus vastes que les seuls pays européens. Au cours des 8 dernières années, grâce à des séjours de recherche en Argentine, Bolivie, Chili, Équateur, Pérou et Mexique, j’ai eu l’occasion de comparer différents contextes historiques et sociopolitiques illustrant les relations souvent conflictuelles que certains États-nations entretiennent avec leurs minorités.

Langues minorisées et diversité linguistique

La comparaison entre ce qui se passe dans les pays européens et ceux d’Amérique Latine a véritablement une portée heuristique, tant par l’existence de points communs que par certaines spécificités socio-politiques. Dans les deux cas, les minorités sont en situation de domination, de relégation et d’exclusion de l’espace public. Au moment où l’on parle de façon générique de diversité culturelle, la diversité linguistique est sérieusement menacée avec un processus de disparition accéléré lié aux phénomènes de mondialisation économique et culturelle. [Claude Hagège, Stephen Wurm, Christopher Moseley, David Crystal]. En revanche, si en Europe, les minorités linguistiques dites “historiques“ ont été forcées à abandonner leur langue lors de la construction des États-Nations [Anderson, 2002] avec l’espoir que l’acculturation amènerait leurs membres à la pleine citoyenneté, en Amérique Latine, les communautés indigènes ont été spoliées de leurs droits territoriaux et leurs membres considérés comme des citoyens de seconde classe. L’arrivée récente à la Présidence de la République Bolivienne d’Evo Morales, d’origine Aymara, a redonné de l’espoir aux communautés indigènes même si le chemin est encore long dans la plupart des pays andins pour obtenir la pleine reconnaissance et l’égalité de droit.

Minorités et cultures de résistance

Face à ces mécanismes de “minorisation“ dans l’espace public, si ces groupes linguistiques existent encore, c’est généralement grâce à la mobilisation sans failles de leurs membres pour que leurs idiosyncrasies linguistiques et culturelles puissent bénéficier d’une reconnaissance officielle par les autorités politiques et obtenir des droits linguistiques.

Ici et là, sous des formes et des modalités de mobilisation très diverses, ces revendications souvent exclusivement envisagées sous l’angle culturel ont une portée véritablement politique en ce qu’elles interrogent la place des langues du monde et de la vision qu’elles portent dans une société plurielle. Au fil du temps, des moyens, actions et initiatives ont été mis en œuvre pas les associations ou militants de la cause linguistique: manifestations, développement de modèles alternatifs ou non dans le domaine éducatif ou médiatique, revendications portées devant des juridictions nationales, supranationales et internationales, alliance avec d’autres mouvements sociaux, valorisation des traditions culturelles (musique, danses, littérature, modes de vie, hébergement de touristes, …), etc?

Quelles stratégies ont été pensées expliquant ces choix ? Comment les minorisés ont-ils pu agir en s’adaptant aux conditions politico-historiques spécifiques aux pays ou région où ils demeurent ? Comment ont-ils pu sensibiliser des institutions internationales à leur cause ?

Bref, sans doute peut-on parler d’une culture de résistance propre à ces minorités qui ont su, contre vents et marées, survivre et s’organiser, là où d’autres ont périclité. Pour autant, quels rapports les formes de résistance entretiennent-elles avec les valeurs culturelles des peuples qui les portent ? Comment les tensions historiques nées lors de la construction des États-Nations ou du développement colonial ont-elles interagi avec la quête de reconnaissance, obligeant les minorités à ruser avec les contraintes imposées par la culture dominante? Quelle capacité critique ces mouvements minoritaires ont-ils pour penser la citoyenneté et le vivre-ensemble à l’heure de l’internationalisation des systèmes de communication ? En substance, quels sont les répertoires d’action collective mobilisés par les minorités participant à ces cultures de résistance selon les divers contextes historiques et socio-politiques ?

Ce programme de recherche s’appuie sur un cadre théorique faisant appel à l économie politique de la communication [Armand Mattelart], de la sociologie traitant des mécanismes de domination [Pierre Bourdieu, Pierre-Jean Simon, Alvaro García Linera] et des modes d’expression des minorités ou groupes de militants. [Dominique Cardon et Fabien Granjon] et enfin de l’anthropologie culturelle [Michel De Certeau].

Le travail de terrain inclut des entrevues avec les acteurs institutionnels chargés des politiques d’aménagement linguistiques, avec des chercheurs en sciences sociales, avec des militants et dirigeants de communautés indigènes dans les Andes et en Amazonie (Argentine, Bolivie, Chili, Équateur, Pérou et Colombie).

Ce projet associe Danièle Téphany . Titulaire d’une Maîtrise de sociologie et d’un Master en Sciences de l’Éducation, diplômée de L’Institut de Sociologie Clinique de Paris fondé par le sociologue Vincent de Gaulejac, elle est spécialiste en histoires de vie et en validation des acquis l’expérience. Elle a participé à un atelier de recherche historique sur le travail des femmes à Nantes ainsi qu’à la collecte et l’élaboration de récits de vie d’immigrants maghrébins. (Texto en castellano : Historias de vida ; Texte en franaçais Histoires de vie)

Références bibliographiques

  • Anderson Benedict (2002), L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris : La Découverte. (Imagined communities. Reflections on the origin and spread of nationalism, London : Verso, 2006)
  • Bourdieu Pierre, Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris : Fayard, 1982
  • Calvet Louis-Jean (2002), Le marché aux langues. Les effets linguistiques de la mondialisation, Paris : Plon.
  • Cardon Dominique & Granjon Fabien, Les médiactivistes, Paris : Presses de Science Po, 2010.
  • Charte Européenne pour les langues régionales ou minoritaires, Strasbourg : Conseil de l’Europe, 1992 : http://conventions.coe.int/treaty/en/Treaties/Html/148.htm
  • Convention Cadre pour la protection des minorités nationales, Strasbourg : Conseil de l’Europe, 1995 : http://conventions.coe.int/Treaty/en/Treaties/html/157.htm
  • Convention n° 169 relative aux peuples indigènes et tribaux, Genève : Organisation Internationale du Travail, 1989 :http://www.ilo.org/dyn/normlex/fr/f?p=1000:12100:0::NO::P12100_INSTRUMENT_ID:312314
  • Crystal David (2000), Language Death, Cambridge : Cambridge University Press.
  • De Certeau Michel, Julia Dominique & Revel Jacques (2002), Pour une politique de la langue, Paris : Gallimard (coll. Folio histoire).
  • De Certeau Michel, (1980), L’invention du quotidien, I/ Arts de faire, Paris : UGE.
  • García Linera Àlvaro, Pour une politique de l’égalité. Communauté et autonomie dans la Bolivie contemporaine, Paris : Les Prairies ordinaires, 2008.
  • Guyot Jacques (2015), “ Planning policies for language diversity : the weight of national realities in applying international conventions“, in Media in Minority Contexts (eds. Elisabeth Le, Sathya Rao et Christian Reyns), London : journal of Applied Journalism and Media Studies, (À paraître février 2015).
  • Guyot Jacques (2009), “ La télévision et ses programmes. Des politiques publiques aux industries culturelles“, en Nouveaux médias, nouveaux contenus, (ed. Gilles Delavaud), Rennes, Apogée, pp. 53-64
  • Guyot Jacques (2007), « Minority language media and the public sphere », in Minority Language Media: Concepts, Critiques and Case Studies, Dr Mike Cormack and Dr Niamh Hourigan eds., Clevedon, Buffalo, Toronto : Multilingual Matters Ltd, pp. 34-51.
  • Guyot Jacques (2006), “Les médias pour les minorités comme objet de recherche“, in Cahiers franco-canadiens de l’Ouest, vol. 18, n° 2, pp. 119-141.
  • Guyot Jacques (2004), « Languages of minorities and the media. Research issues », in Mercator Media Forum n°7, Caerdydd: Gwasg Prifysgol Cymru, pp. 13-28.
  • Guyot Jacques, Ledo Margarita & Michon Rolland (2000), « Production télévisée et identité culturelle en Bretagne, Galice et Pays de Galles – Produerezh skinwel hag identelezh sevenadurel e Breizh, Galiza ha Kembre », Klask, n° 6, Rennes: Presses universitaires de Rennes, 190 p.
  • Hagège Claude (2000), Halte à la mort des langues, Paris : Odile Jacob.
  • Leclerc Jacques (2011), L’aménagement linguistique dans le monde, Québec : TLFQ, Université Laval (http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/)
  • García, Linera Àlvaro. (2008). Pour une politique de l’égalité. Communauté et autonomie dans la Bolivie contemporaine. Paris: Les Prairies ordinaires.
  • Mattelart Armand (2005), Diversité culturelle et mondialisation, Paris : La Découverte.
  • Mattelart Armand (1992), La communication-monde. Histoire des idées et des stratégies, Paris : La Découverte.
  • Moseley Christopher (Ed.) (2010), Atlas of the World’s Languages in Danger, Paris : Unesco (http://www.unesco.org/culture/en/endangeredlanguages/atlas)
  • Simon Pierre-Jean (2006), Pour une sociologie des relations interethniques et des minorités, Rennes : PUR.
  • UNESCO World Report (2009), Investing in Cultural Diversity and intercultural Dialogue, Luxembourg : Unesco Publishing. (http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001852/185202E.pdf)
  • Wurm, Stephen Adolphe (Ed.) (2001), Atlas of the World’s Languages in Danger, Paris : Unesco.
  • Yacoub Joseph, Les minorités dans le monde. Faits et analyses, Paris : Desclée de Brouwer, 1998


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